Biographie | Jaildo Marinho

Jaildo Marinho – Biographie

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Très tôt dans l’enfance, Jaildo Marinho a été attiré non pas tant par les matières scolaires, mais par la matière concrète de la réalité et de l’art. Avant même d’avoir appris les premières lettres, il aimait déjà jouer au sculpteur, en façonnant de petits objets avec les restes des bâtons de craie du tableau noir de son école. Et n’ayant pas encore atteint ses dix ans, il s’exerçait déjà avec du plâtre – à la fois, fascination et vocation. D’ailleurs, dans le poème intitulé « Le plâtre », écrit par un poète originaire également du Pernambouc, Manuel Bandeira, l’on voit combien certaines fêlures et pertes sont plus éprouvantes que les vides, et se trouvent au cœur d’une toute première expérience artistique et vitale. Et cela est certainement valable en ce qui concerne le garçon-sculpteur de Santa Maria da Boa Vista.

Une grande partie de cette petite essence tragique, qui est inscrite dans les yeux et les mains des enfants, a stimulé Jaildo et reste toujours le mobile de ses sculptures. Ce que l’on aurait pu appeler exactement son “éducation par la pierre”, a commencé quand il était âgé de 12 ans. Sa curiosité l’a amené à un Centre pour l’étude des minéraux, tenu par le gouvernement du Pernambouc. Ainsi est né son intérêt plus productif envers la lapidation, le moule, la forme; parmi l’immense variété de pierres, il a préféré le marbre et la stéatite. La gemmologie a été donc son premier contact systématique avec les matériaux.

Cependant, il ne faudrait pas conclure qu’une telle curiosité de Jaildo ou le contact avec les enseignants de gemmologie étaient devenus un apprentissage constant et bien ordonné, de type traditionnel, celui qui a lieu entre le maître et son disciple. Jusqu’à son âge de 16 ans, Jaildo n’est pas allé au-delà de ce que peut faire un autodidacte; c’est d’ailleurs la situation subie par un nombre assez important d’artistes brésiliens.

Cette étape initiale de sa formation a été surmontée moyennant le cours donné par le sculpteur et professeur João Batista Queiroz, à Universidade Federal de Pernambuco. Trois années décisives pour les rudiments de l’esthétique et de la technique. L’atteinte de l’âge adulte allait de pair avec sa “géométrie civile”.

À l’âge de 22 ans, Jaildo Marinho n’était qu’un sculpteur inquiet et insatisfait que, tout en ayant pris conscience de son talent et obtenu une certaine reconnaissance de la part du public ainsi que de la critique, n’avait pas réussi à franchir les limites de sa province: même si la capitale,Recife, où il vivait à l’époque, disposait de meilleurs moyens que ceux de Santa Maria, elle ne pouvait assurer rien d’autre que des Ithaques qui existent, on le sait, uniquement pour repartir et rapatrier les retours impossibles.

Découverte de Paris

jaildomarinhoLe vrai changement est survenu à Jaildo lors d’un voyage à Paris. En regardant la Tour Eiffel pour la première fois, en 1993, il était animé non pas encore par la volonté inébranlable d’accomplir sa vocation en Europe, mais par la résolution de parfaire ses connaissances et ses compétences techniques, notamment la fonte du bronze.

Si la destruction avait été la muse de Mallarmé, l’on peut dire que celle de Jaildo Marinho a été le vide; ainsi sa prise de conscience à ce sujet-là – accompagnée d’une pratique obsessionnelle et méthodique – a été confirmée à Paris.

D’emblée, la convivialité avec René Massart, Jesús Soto et Michel Seuphor au cours des premières années de cet apprentissage, avait été certainement une grande chance, et plus que cela, un stimulus vers la prise de décision qui serait le tournant de sa vie et de son art: s’installer à Paris, à l’instar de ce que s’était passé auparavant avec d’autres ressortissants du Pernambouc – Joaquim do Rego Monteiro et Vicente do Rego Monteiro, Emilio Cardoso Ayres, Cícero Dias – et de nombreux artistes latino-américains. S’il avait été réveillé à Santa Maria au miracle de l’art, et appris à Recife que la magie n’est possible que moyennant un dur et aride labeur consacré à l’étude et à la pratique, Paris lui a demandé plus que de l’inspiration: la maturité. Cependant ce qui distingue le vrai artiste ce n’est même pas un savoir basé sur l’expérience, mais comment faire quelque chose de nouveau et propre. La spontanéité et l’inconscience initiales devraient être enrichies par des moyens que le professionnalisme met à disposition seulement de celui que prétend vivre de l’art, et ne se restreint pas à un simple vécu.


Il est possible qu’à cette époque – un an seulement après son arrivée en Europe et date de sa première exposition à Paris – était en grande partie déjà en puissance le savoir- faire de ses exploits. Sa vigueur, toutefois, manquait encore de cette rigueur obstinée et honnête qui ne devrait pas faire défaut à un artiste losqu’il a atteint la plénitude de son métier. Le nom même du salon de ce vernissage – Grands et Jeunes d’Aujourd’hui – définit ce qui a représenté ce moment de sa carrière, quand il commençait à gagner l’admiration de ses collègues et l’intérêt des collectionneurs et des galeristes.
Jaildo a consolidé la conviction selon laquelle le marbre était sa “matière” de prédilection à Carrare, patrie par antonomase de tous les sculpteurs. Lieu décisif, année décisive: 1994. Il n’avait jamais eu auparavant un sentiment si fort d’être libre.

Le peintre Cícero Dias a été l’un de ces artistes qui l’avait accueilli comme s’il était un ancien camarade. Généreux et ayant remarqué le talent de son compatriote, Cícero l’a amené à la galerie Denise René parce qu’à son avis il n’était pas du tout un provincial issu du sertão brésilien, mais un artiste digne d’être pris au sérieux.

La géométrie n’a ni de patrie, ni d’accent en particulier. Tout en gardant dans son esprit l’essence des lignes, des formes, des couleurs et des volumes de son pays, Jaildo a extrapolé par sa calligraphie sculpturale le rationalisme vital qui néanmoins l’avait fasciné. Il a été reconnu dans des lieux aussi variés qu’assez étrangement semblables aux siens: en Tunisie – où il a remporté des prix en 1995 –, en Russie, en Espagne et en plusieurs pays aussi bien en Occident qu’en Orient.

La quête d’une technique et le raffinement de l’esthétique ont motivé toujours sa démarche du mieux faire plus que celle de l’apprendre à faire. Visiter la Suisse de Max Bill, par qui il nourrissait une grande admiration, et faire la connaissance du groupe Madi en France, juste à son arrivée dans ce pays, ont représenté aussi bien une découverte que des retrouvailles. Identités et identifications, affinités et choix.

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Il est possible qu’en 1999, année où il est invité à joindre le groupe Madi, Jaildo sentait déjà quelque chose de l’ordre d’une appartenance. D’un mode peut-être semblable à celui de trouver dans la géométrie un territoire comme étant le sien. Les deux incarnations proviennent peut-être de son goût pour l’architecture, d’emblée si précoce: un jour, encore enfant, il avait peint maladroitement une fresque sur le mur en train d’être refait dans sa maison. Passion pour le volume dans l’espace. Il n’avait que 11 ans, mais il imaginait déjà sa demeure idéale: un cube tout entier de verre.

Quelques décennies après – Paris, 2004 – les murs ont donné lieu à des fenêtres. Cette fois-ci, il ne s’agissait plus de la fresque en privé de sa maison, mais des couleurs ré-alignant et redessinant l’espace public dans une bibliothèque. Et deux ans après son installation dans la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, s’est manifesté l’élément architectural: au lieu de fenêtres, les portes colorées à Bercy. En 2012, les jardins de la Maison de l’Amérique latine seront le nouvel objet pour son imagination. Une pierre blanche dans le cadre de cet évènement. Le vide encadrant le vide. Plénitude effilée dans des risques aussi vifs que le tranchant des couteaux. Le vide est une arme blanche, le silence pétillant ne s’arrête jamais de sculpter son fil.